Critiques et courants de pensées, 04/10/10.

Publié le par OverBlog

 

Bibliographie :

 

  • Maurice Nédoncelle, Introduction à l'esthétique, Edition PUF, collection Que sais-je ?

 

  • Eliane Escoubas, L'esthétique, Edition Ellipses.

 

  • Marc Jimenez, Qu'est ce que l'esthétique ?, Edition Gallimard, Collection Folio-essais.

 

  • Marc sherringham, Introduction à la philosophie esthétique, Edition Payot, Collection Petit bibliothèque.

 

Exam : Synthèse, voire presque une question de cours.

 

 

Chapitre 1 : Qu'est ce que l'esthétique ?

 

 

« L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible. » Paul Klee, Credo du créateur.

Il ne s'agit pas d'imiter la réalité, ce n'est pas le but du point de vue du créateur. Le spectateur ne doit pas non plus toujours chercher à reconnaître la réalité dans l'oeuvre. La partie « il rend visible » de la phrase fait référence au fait de voir le monde autrement, le voir vraiment. Les oeuvres d'art nous apprennent à mieux voir le monde.

Au niveau de l'esthétique, elle permet d'avoir un discours sur les oeuvres d'art qui décrit et permet de mieux voir ces dernières. Néanmoins, il ne suffit pas de voir une oeuvre pour la comprendre.

 

           I) Les préjugés classiques contre l'esthétique.

 

Nelson Goodman effectue des explorations dans le domaine de l'éducation artistique dans le livre « L'art en théorie et en action », Edition de l'éclat, 1996, pages 66 à 89.

 

1967 : L'université de harward commande un projet d'éducation artistique à Goodman. Il fait alors travailler ensemble des gens qui viennent d'horizons différents tels que des anthropologues, des sociologues, des psychologues, des philosophes et des artistes. Ce projet sera alors nommé le « projet zéro » car il n'existait aucun autre projet artistique comme celui ci avant. C'est un projet qui reçoit plusieurs oppositions venant principalement de préjugés. Nous allons voir plus en détail ces préjugés.

 

Premier préjugé : L'opposition de l'émotif et du cognitif.

 

On oppose l'art et la science, l'art étant considéré comme l'émotif car faisant appel à l'émotion, le ressenti et l'expérience, tandis que la science est le coté cognitif, c'est à dire , le raisonnement et les déductions. On oppose aussi des valeurs (arts) et des faits (science). L'esthétique tente alors de réconcilier ces deux points de vue car on a besoin des deux pour aller à la rencontre de l'oeuvre. Il n'y a donc pas d'opposition à effectuer.

 

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Marc Rothko, Unitled (Black, Red over Black on Red), 1964.

 

A travers cette oeuvre, l'artiste interprète son travail et déclare avoir voulu mettre en avant l'invention d'une nouvelle mythologie collective. Avec cette interprétation, il s'adresse d'abord à la raison. Il cherche à reconstruire des valeurs autour desquelles les individus pourraient se regrouper tous ensemble après la 2è guerre mondiale.

 

Deuxième préjugé : L'art entre divertissement et élitisme.

 

On confond art et divertissement car on recherche du plaisir dans les oeuvres que l'on regarde. Le divertissement est alors opposé à l'élitisme qui peut être de l'élitisme intellectuel ou financier. Goodman dit que ce sont deux préjugés symétriques. L'esthétique étudie comment nous donnons de la valeur à certaines oeuvres d'art. Nous ne donnons pas tous la même valeur aux même oeuvres.

 

Troisième préjugé : L'art comme moyen d'épanouissement.

 

C'est une manière de quitter l'élitisme dans ce contexte. L'art est un bon moyen pour aboutir à d'autres fins. Il paraît que l'éducation artistique calme l'esprit, éveille la pensée, accroît le bonheur et résoud les tensions sociales. Avec cette approche, l'art n'a pas de valeur en soi, c'est juste un moyen pour obtenir quelque chose. L'esthétique n'est pas une psychologie de l'art et n'est pas non plus une sociologie de l'art. L'esthétique établit la valeur de son objet en lui même. On en vient à se poser la question suivante : pourquoi l'art est-il quelque chose d'important à nos yeux?

 

Quatrième préjugé : Le privilège accordé à la pratique artistique.

 

On met l'accent sur le point de vue du créateur. On demande d'être dans la posture du créateur pour appréhender l'oeuvre. Or, il y a aussi le point de vue du spectateur à prendre en compte. Il y a alors une opposition entre créateur et spectateur. L'esthétique remet en cause cette opposition. Pourquoi ne pas mettre en équilibre pratique et théorie ? Le spectateur peut alors participer au processus de création dans certaines oeuvres, a contrario, certains artistes sont simple spectateurs de leurs oeuvres (théorie de l'inspiration qui sera abordée plus tard).

 

Cinquième préjugé : Le relativisme des goûts.

 

Les goûts sont relatifs selon les individus. Les goûts sont la façon dont on juge la valeur d'une oeuvre. La valeur dépend de chacun. Ici, l'esthétique montre que tout les goûts ne peuvent pas avoir la même valeur car sinon ils perdent leur sens. Il n'y aurait plus de mauvais ou de bons goûts.

 

          II) Les différents sens du mot « esthétique ».

 

  • Une théorie de l'art.

L'esthétique désigne une théorie de l'art, réfléchie sur des démarches et créations artistiques (Qu'est-ce que créer une oeuvre d'art ?). Il y a différents types d'expériences qu'on peut avoir face à une oeuvre d'art et donc différentes théories.

 

  • Une théorie du beau.

Comment reconnaissons nous que quelque chose est beau ? Le jugement qui le reconnaît est le jugement esthétique.

 

  • Une théorie de la perception.

L'esthétique est une sensation que l'on perçoit avec l'un de nos 5 sens. L'étude de la façon dont nous nous rapportons au monde, autrement que par la raison. L'étude des phénomènes, la façon dont les choses nous apparaissent.

 

Réunir ces trois sens dans un mot pose alors problème. Que peut-il y avoir de commun entre ces trois théories ?

 

Remarques et limites :

 

=> Toutes les oeuvres d'art ne cherchent pas à être belles. Théorie de l'art sans la beauté.

 

=> On peut trouver de la beauté ailleurs que dans l'art. On peut imaginer la beauté sans l'art. On peut imaginer une théorie de la perception sans référence aux oeuvres d'art et sans référence à l'expérience de la beauté. Cela est une science qui s'appelle l'optique.

 

=> Si ces trois théories sont solidaires, il en découle que l'esthétique n'est donc aucune des trois théories car elles sont toutes associées. Quel est l'objet propre à l'esthétique qui combine les trois ? L'homme.

 

=> Problème sur le mot théorie. Le terme « théorie » permet d'expliquer et prévoir des phénomènes par un ensemble de règles. La théorie renvoit au champ de la science. Ainsi ces théories devraient être liées à la science. Pourtant ces trois objets sont par excellence ceux qui échappent à toute traitement scientifique. L'art, la création artistique ne se réduit pas à l'application rigoureuse de règles. Si ces règles suffisaient nous serions tous des artistes. Il n'y a pas de science du beau, ça ne relève pas d'un calcul. L'expérience beauté n'est pas que raisonnement mais aussi de l'ordre de l'émotion, du ressenti.

L'optique étudie comment est perçue la lumière par l'oeil. Il manque la perception du sens. Il faut alors donner du sens par la théorie de l'interprétation. Un sens ou plusieurs sens ? La science de l'interprétation s'appelle l'herméneutique.

Tout ces problèmes amènent à un discrédit de l'esthétique. Certains artistes ont essayé de faire de l'art inesthétique.

 

 

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Joseph Kosuth, The first Investigation titled (art as idea as idea), 1968.

 

 

III) L'histoire d'un mot et la généalogie d'un concept.

 

Alexander Gottlieb Baumgahn (Berlin, 1714 à Berlin, 1762), livre Aesthetica (1750).

 

Définition Aïsthésis :

  1. Percevoir à l'aide de nos 5 sens.

  2. S'apercevoir de quelque chose.

 

Baumgahn s'inscrit dans une tradition qui remonte à Platon. Les concepts de connaissance sensible et de connaissance intelligible (aussi nommés noétique, noos = esprit) établit par Platon serait opposés selon Baumgahn. Pour lui, elles sont complémentaires, il pense que toute connaissance passe du stade sensible et fini par s'élever à la connaissance noétique. Pour Baumgahn, la connaissance sensible et la connaissance noétique sont deux connaissances distinctes qui ne communiquent plus entre elles. La connaissance noétique est basée sur la raison et est donc une représentation claire. Pour la connaissance sensible, il s'agit de représentations confuses. L'esthétique est la science du confus et explique un objet que si l'on reste dans le domaine du confus sinon on repasse dans la représentation claire qui n'est pas du domaine de l'esthétique. Les exemples, les particuliers, les singuliers doivent être expliqués de manière confuses pour être compris. L'esthétique ressemble à l'histoire de l'art. Représentation qui provoque des affects : plaisirs ou peine. Les représentations qui viennent de l'imaginaire, invention de mondes possibles qui nécessitent des connaissances esthétiques, pas de connaissance noétique. La perception de choses qui peinent est une perception parfaite. La beauté est un type particulier de perception. L'art, pour Baumgahn, se défini comme la création de la beauté.

 

Les beaux arts :

Poésie, L'architecture, La danse, L'éloquence, La peinture, La musique, La sculpture.

 

Baumgahn : Portrait esthéticien heureux, pour l'être il faut :

  • Des dispositions innées.

  • L'askésis que l'on peut traduire par le terme « exercice », le fait de s'entrainer à faire et à apprécier.

  • La mathesis désigne l'art de raisonner, le produit de raisonnement ainsi que la méthode de raisonnement juste.

Selon Baumgahn, un homme possédant ces trois points serait un homme à qui il manque rien et qui serait heureux. L'ensemble de ces trois points est désigné par le terme « studium ».

 

Définition de studium : Par studium, il faut entendre le goût inné de l'esprit mais aussi le goût qu'un important travail a exercé et a habitué à percevoir les vérités esthéticologiques.

On peut donner en synonyme de ce terme le mot « zèle », qui ne remplace pas totalement le studium mais qui désigne une partie importante du rapport aux oeuvres.

Le studium est opposé au punctum. Cette opposition est développée par Roland Barthes avec La chambre claire (1980). Dans l'esthétique il y a le studium (tout ce que j'apporte moi pour comprendre l'oeuvre) et le punctum (ce qui vient de l'objet pour piquer notre attention).

 

Exemple : Photos de Alexander Gardner, Lewis Payne (1865).

 

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Studium : Connaissances extérieures apportées à l'oeuvre (histoire, anecdotes, etc).

Punctum : Le regarde du gars rappelle la mort au spectateur qui regarde l'oeuvre.

 

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